dimanche 2 avril 2017

Compte-rendu du 88e et dernier jour !

D'un jour à l'autre, d'un bénévole à l'autre le lien  s'est noué avec les personnes de la rue accueillies pour l'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoignait chaque jour de ces moments partagés.

Vendredi 31 mars, Laurence, Anne-Marie, Benoît et Éric ont accompagné une dernière fois Alain, Cédric, Mohammed et Rabah.


«Ce furent une soirée et une nuit qui se déroulèrent comme toutes les autres et qui pourtant revêtaient un caractère particulier.

Retable des sept joies de la Vierge
Maître de la Sainte Parenté, le jeune, (actif de 1470 à 1515), 
huile sur bois,182 x 127 cm, Paris, musée du Louvre
Le dîner fut des plus agréables, préparé par Anne-Marie et Laurence. Nous nous régalâmes collectivement de tous les mets (poulet, polenta, gâteau au chocolat) et la bonne humeur d’Anne-Marie contribua à ponctuer la soirée d’échanges joyeux et parfois taquins.

La diversité des sujets abordés tant par Cédric que par Rabah, Mohamed et Alain, du plus sérieux au plus légers, sentait la joie de se retrouver une nouvelle fois tous ensemble.

Bien sûr, de tant en temps, Alain nous rappelait « vous savez que c’est la dernière fois », mais rien ce soir ne pouvait perturber la bonne humeur collective de cette soirée qui se termina par la traditionnelle partie de belote à laquelle succomba sans trop de résistance Benoît !

Je vous fais partager cet échange avec Alain que je raccompagnais au métro Barbès :

Alain : « il faudrait dire au cardinal 23 que HS doit être ouvert du 1er janvier au 31 décembre »
Éric : « nous nous reverrons dans le quartier »
Alain : « ben évidemment, maintenant je suis un paroissien de SVP ».

Les clés tombèrent dans la boîte du presbytère à 8h.

Pour demain, prévoir…..»

vendredi 31 mars 2017

Compte-rendu du 87e jour

D'un jour à l'autre, d'un bénévole à l'autre le lien se tisse avec les personnes de la rue accueillies pour l'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Jeudi 30 mars, Henri, Jacques et Arnaud ont accompagné Alain, Cédric, Mohammed et Rabah.


Les Chevreuils rouges, 1912,
Franz Marc (1880-1916),
100 x 70 cm, Munich, Pinakothek der Moderne,
Sammlung Moderne Kunst
«Les accueillis sont présents à l’heure ; seul Rabah arrive un petit peu en retard. 
Dîner apprécié par tout le monde préparé par Jacques et Henri avec du Gaspacho, un cuissot de chevreuil mariné avec ses oignons accompagné de pommes de terre vapeur, des fromages
et une tarte au citron meringuée.

Nous avons eu la très bonne surprise d’accueillir les bénévoles Nathalie et Pierre qui sont passés avant le dîner afin de pouvoir dire au revoir à nos accueillis. Propos chaleureux et optimistes échangés, adieux sympathiques au cours desquels nous essayons d’entrevoir le futur toujours incertain des uns et des autres ; nous apprenons que la Loi étant ce qu’elle est, que Mohamed va devoir partir en Espagne où il a touché le sol européen pour la première fois, afin de régulariser là-bas sa situation de «Sans papiers».....
Dîner agréable à 7 (Alain qui bénéficie désormais d’une chambre d’hôtel est venu partager le repas avec nous, Arnaud le colocataire de Jacques nous a rejoint en cours de dîner) ; comme souvent, Mohamed, Cédric et Rabah font leur pose cigarette avant même la fin du dîner..

Nous découvrons pendant nos discussion avec un grand plaisir les deux jeunes étudiants colocataires dans un logement de la paroisse : Jacques est étudiant en Éco-Gestion et Arnaud est en Master d’histoire du droit. Nous découvrons l’expérience internationale de Jacques (qui a du fait d’origines allemandes étudié à Munich et passé une grande partie de son enfance et de sa jeunesse au Luxembourg) ; il est passionné de sylviculture et de forêts et nous fait découvrir la différence entre les sylvicultures allemandes et françaises mettant en évidence deux visions radicalement différentes et la suprématie qualitative et quantitative de la forêt allemande. Cédric avait profité de la belle journée ensoleillée d’hier pour prendre un hâle estival à nous faire bronzer d’envie ! Mohamed inquiet du cuissot de chevreuil en a finalement pris deux fois après qu’on lui ait expliqué qu’il s’agissait d’un animal forestier proche des caprins (et pas du porc).
Nuit calme et sans problème particulier.»

jeudi 30 mars 2017

Compte-rendu du 86e jour

D'un jour à l'autre, d'un bénévole à l'autre le lien se tisse avec les personnes de la rue accueillies pour l'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Mercredi 29 mars, Brigitte, Cyrille, Bernard et Yves ont accompagné Alain, Cédric, Mohammed et Rabah.

Le Boulevard Montmartre, effet de nuit,
1897, Camille Pissaro (1830-1903),
huile sur toile, 64,8 x 53,3 cm, New-York (NY),
Londres, National Gallery
« Cédric, Mohamed et Alain sont arrivés dès 20 heures, Rabah nous rejoint vingt minutes plus tard, au début du repas.

Potage aux légumes variés, puis navarin de printemps avec ses baies de genièvre, tout le monde en a repris volontiers une deuxième ration, puis plateau de fromage et en dessert, une belle tarte aux pommes accompagnée d’une crème glacée à la vanille.

Les discussions nous ont conduits à nouveau sur le Clemenceau, mais aussi le long des rues de Paris à propos des maraudes que Cyrille et Brigitte font auprès des personnes sans abri...

La pensée du jour est écrite au tableau par Cédric : les défaites n’ont jamais de boulevard. À méditer.

Après le café et la pause cigarette, Alain part rejoindre son hôtel, accompagné de Bernard.

Cédric et Rabah font mousser l’eau et briller la vaisselle.
Au retour de Bernard, nous éteignons les feux. Il est onze heures.
Le réveil sonne à 7 heures. Mohamed est déjà dans la salle à manger, avec sa tasse de café.
Toutes opérations du matin exécutées selon le rythme habituel, jusqu’à la sortie de la maison des jeunes un peu avant huit heures.
Il reste du fromage au frigo pour au moins un repas. »

mercredi 29 mars 2017

Compte-rendu du 85e jour

D'un jour à l'autre, d'un bénévole à l'autre le lien se tisse avec les personnes de la rue accueillies pour l'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Mardi 28 mars, Pascale et Damien ont accompagné Alain G, Cédric, Mohammed, Rabah, Philippe et aussi Michel et Thierry.


Pensées, 1903, Henri Fantin-Latour
(1836-1904), huile sur toile, 28x 23 cm,
New-York (NY), The Metropolitan Museum of Art
«D : Tu as bien dormi ?

P : Comme un bébé

D : Je n’ai pas fermé l’œil, un réveil a sonné à 5 h et du coup Mohamed s’est levé et il est allé se faire un café.

P : J’ai entendu aussi, mais j’ai bien dormi en pensant à cette bonne soirée qu’on a passée ensemble.

D : Ils ont adoré tes lasagnes.

P : Il faudrait que j’envoie la recette pour le livre d’Hiver Solidaire.

J’ai surtout aimé la conversation autour du projet de petit déjeuner le dimanche sur la saison 2017 2018

D : Ah oui se serait mieux de le faire le samedi matin, a dit Cédric. Et ton idée de parrainer un arbre et de le végétaliser dans le quartier.

P : II faudrait qu’on mobilise les bénévoles d’Hiver Solidaire pour que chacun adopte un arbre et on fait un grand atelier avec nos amis des années précédentes et de cette année. On planterait de la misère en été et des pensées en hiver.

D : On a eu de la chance d’avoir Michel et Thierry à diner.

P : Oui, ils étaient tellement heureux de revenir à « la maison », ils ont tout de suite retrouvé leurs repères.

D : Et tu sais pourquoi Mohamed n’a pas dîné avec nous ?

P : Il me dit qu’il était fatigué et un peu déprimé.

D : Oui, j’ai impression qu’il appréhende la fin d’Hiver Solidaire.

P : Il faudra trouver une solution pour qu’il se sente moins seul et pour qu’il ait un projet.

D : C’est joli aussi Philippe le loup, il est resté dîner avec nous.

P : Il a hurlé, je ne sais pas combien de fois !

D : On est à la fois heureux de finir Hiver Solidaire et en même temps, triste de se quitter.

P : IIs étaient ravis quand je leur ai dit qu’ils avaient bonne mine, qu’ils faisaient plaisir à voir, plus plaisir que il y a quelques mois.

D : Ils ont grossi aussi, surtout Philippe.

P : C’est peut-être un peu la bière aussi !

D : Ou les médicaments, il a dit.

P : Oui, c’était une belle soirée. Et on s’est réveillé avec les oiseaux, voilà, lever paisible, dernier lever sur Hiver Solidaire dans cette chapelle.

P : Et pour toi ça été quoi cette année ?

D : Beaucoup de tendresse, beaucoup d’amitié et de fraternité. C’était assez paisible pour tout le monde, avec du partage, avec des paroles. On a pu faire vraiment connaissance quand même, malgré que certains soient plus secrets. Surtout les trois dernières semaines étaient assez magiques, en fait.

P : Oui mais les premières semaines aussi étaient à la fois déstabilisantes et constructives.»

mardi 28 mars 2017

Compte-rendu du 84e jour

D'un jour à l'autre, d'un bénévole à l'autre le lien se tisse avec les personnes de la rue accueillies pour l'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Lundi 27 mars, Sabine, Véronique, Pierre et Volkier ont accompagné Alain G, Cédric, Mohammed & Rabah. 

La Femme enceinte, 1930, 
Otto Dix (1891-1969), 
peinture sur bois, 
technique mixte, 53 x 132 cm, 
Karlsruhe, Staatliche Kunsthalle
«Un médecin est venu questionner Alain dans la perspective d’une mesure de protection qu’un juge des tutelles pourrait décider; ses réponses ou non réponses à certaines des questions précises qui lui ont été posées confirment un trouble de la mémoire. 
À suivre...
Pour cette raison, le début du dîner a été un peu perturbé. Au menu, soupe de chou-fleur, hachis Parmentier, fromages, crème épaisse de mascarpone battu en neige accompagnée d’une salade de fraises et de clémentines et agrémentée de poudre de spéculoos. L’ensemble très apprécié.
Conversation décousue passant par Venise, Pantin, l’atelier du peintre, la rééducation du sommeil, interrompue par le fou rire de Cédric quand Volkier a évoqué son épouse enceinte «énorme» (une sorte de Père Ubu imaginait-il?).

À l’heure de la vaisselle, échappée d’Alain et moi pour rejoindre ensemble l’hôtel dans lequel il est hébergé, pendant un mois si tout se passe bien...
Mon retour a permis la libération de Volkier enfermé par le dernier sorti.
Nuit calme. Lever à la carte sans encombre.
Il ne manque que du café, un ou deux paquets.»

lundi 27 mars 2017

Compte-rendu du 83e jour

D'un jour à l'autre, d'un bénévole à l'autre le lien se tisse avec les personnes de la rue accueillies pour l'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Dimanche 26 mars, Sarah, Stéphane, Pierre, Augustin et Damien ont accompagné Alain G, Alain N, Cédric, Mohammed & Rabah. 


Latitude 48.9333, vestige de l’avion 
d’Antoine de Saint Exupéry, caisse de transport
LES EPOUXP, Pascale et Damien Peyret,
Révélation cyanotype - Tirage cyanotype sur toile, 
142 x 207 cm, 
Coll musée de l’Air et de l’Espace - Le Bourget
«Nous sommes tous présents dans les 10 minutes de l’ouverture à 20h. La mise en place du dîner se fait tranquillement. Nous avons la visite de Thierry, invité ce soir là, et de Damien, venu parler à Alain G. et Augustin. Nous nous mettons à table à 20h30. On va chercher des chaises supplémentaires pour accommoder nos deux invités et on se serre donc à 12 autour de la table. Est ce un record pour Hiver Solidaire ?
Les deux grosses casseroles contenant l’épaisse et goûteuse soupe aux lentilles préparée par Stéphane est avalée rapidement et avec un plaisir évident par les convives. Apparaît alors la cocotte, chaudement recouverte de son manchon, de laquelle Sarah extrait de généreuses portions de pâtes relevées de diverses choses dont des éclats d’amandes du meilleur effet. Le seul qui n’en vient pas à bout est Thierry, qui en est fort marri. Après un fromage vite expédié le dîner s’achève sur la distribution de pommes cuites servies dans leur bain de beurre fondu.
Discussion ouverte et animée à propos du musée de l’aéroport du Bourget où Damien a travaillé. Il vante la collection d’avions qui y réside et, aussi, celle des vieux coucous qui y moisissent faute de fonds pour les entretenir. Mais chut : secret Défense. Il parle d’un projet de visite du musée pour Hiver Solidaire. Bien entendu Alain G. ne peut laisser passer cette discussion aéronautique sans évoquer la présence d’avions de la seconde guerre mondiale à l’aéroport de Cerny dans l’Essonne. On apprend au cours de la discussion que Thierry est un ancien para du 2ème RCP et qu’il a effectué 22 sauts, dont 2 d’hélicoptères, les plus impressionnants.
La discussion porte ensuite sur les expériences différentes d’Hiver Solidaire dans les autres paroisses parisiennes : certaines n’ont rien prévu à cet égard, d’autres le font sous des formes différentes (café solidaire, épicerie solidaire…). Damien s’emploie à promouvoir notre formule auprès de paroisses avoisinantes.
Pendant toutes ces discussions on remarque la verve de Cédric mais aussi l’humeur plutôt renfermée, voire bougonne, de Mohamed.
Peu après les cigarettes d’après dîner, tandis que les couche tôt sont déjà dans leurs duvets, Augustin, après entretien avec Damien et Alain G., se porte volontaire pour accompagner ce dernier à son hôtel, près du cimetière du Père Lachaise. Il n’en reviendra qu’à 23h15, mission accomplie. Comme d’habitude Cédric reste debout le dernier, en sirotant son café, accompagné d’un dernier cigarillo. Je reste avec lui pour une dernière discussion sympathique. Extinction des feux à 22h30 et réveil à 7H15. Départs successifs jusqu’à 8h05.
Il manque deux choses : des sucres en morceaux et une bouteille de lait (une petite suffit).»

samedi 25 mars 2017

Compte-rendu du 81e jour

D'un jour à l'autre, d'un bénévole à l'autre le lien se tisse avec les personnes de la rue accueillies pour l'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Vendredi 24 mars, Éric, Laurent et Romain ont accompagné Alain G, Alain N, Cédric, Mohammed & Rabah. 

Service Lambert-Rousseau :
assiette creuse aux crevettes, XIXe siècle,
Henri Lambert
(1836-1909),
faïence fine, impression par transfert, diam. 25,8 cm,
Paris, musée d’Orsay
«Tout le monde arrive à l’heure et la routine habituelle se met en place.
Nous dînons d’une très bonne soupe de légumes traditionnelle, de brochettes de crevettes et coulis de poivron, de fromage et d’un crumble pomme-spéculos (biscuit qui ravit Cédric) encore tout chaud.

Nous parlons élections et nous nous apercevons que personne autour de la table n’est capable de citer le nom de son député... «Pas une très bonne nouvelle pour la démocratie», comme le déplorent certains.
À 21h30 le dîner est fini, Romain nous quitte ravi de sa première soirée Hiver Solidaire, la vaisselle est réalisée méthodiquement et les 4 derniers éveillés entament une partie de belote. Merci à Cédric pour sa formation expresse à ce jeu que je n’avais jamais pratiqué !

À 23h, nous sommes tous couchés et la nuit se passe bien. Est-ce à cause du jour qui apparaît plus tôt, mais tout le monde (ou presque) est debout avant la sonnerie du réveil.

À 7h30 nous sommes tous prêts à partir, sauf Alain N qui dormira encore 15 min.
Damien, qui avait demandé à Alain G et à Rabah de l’attendre, arrive à 8h précises. Il doit montrer une chambre d’hôtel à Alain G du côté du Père Lachaise. Nous quittons les lieux quelques instants après et l’équipe d’animation du groupe scout prend le relais aussitôt pour préparer sa fête annuelle.
Il reste une baguette et demi. Prévoir du fromage.»